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Palmier à huile : Les planteurs villageois au cœur de la stratégie de la Socapalm à Édéa

Dans les pistes sablonneuses du bassin agro-industriel d’Édéa, les premières lueurs du jour croisent déjà les silhouettes des planteurs. Ici, la noix de palme ne constitue pas seulement une activité agricole : elle représente une économie familiale, un moteur territorial et, désormais, un enjeu stratégique pour la souveraineté alimentaire du Cameroun.

Partenaire majeur du Ngand Biton, la Socapalm a renouvelé son accompagnement à cette rencontre consacrée à la valorisation du palmier à huile. Pour l’entreprise agro-industrielle, cet engagement traduit une conviction forte : l’avenir durable de la filière passe par la formation des producteurs, la professionnalisation des acteurs et le renforcement des capacités techniques des planteurs villageois.

Un projet structurant pour intégrer les producteurs ruraux

Au cœur de cette stratégie se trouve le Projet PV (Plantations Villageoises), lancé en 1977 puis restructuré après la privatisation de la société en 2000. Aujourd’hui, ce programme constitue l’un des principaux dispositifs d’intégration des producteurs ruraux dans la chaîne de valeur du palmier à huile.

« Les planteurs sont désormais considérés comme de véritables partenaires », explique Batta Jean-Pierre, responsable du projet plantations villageoises à la Socapalm Édéa.

Derrière cette approche se dessine une logique économique claire : améliorer les rendements des exploitations villageoises afin de sécuriser l’approvisionnement des usines tout en consolidant les bassins de production locaux. Pour y parvenir, l’appui de la Socapalm se veut multiforme : formations aux bonnes pratiques agricoles, encadrement agronomique, fourniture d’intrants, assistance administrative, entretien des routes rurales, suivi des récoltes et amélioration de la qualité des régimes.

À Koukoué, le quotidien exigeant des planteurs villageois

À Koukoué, dans le canton Adiè, arrondissement d’Édéa 1er, cet accompagnement prend une dimension concrète. Chaque matin, avant même de rejoindre son activité principale, Mbahe Kaarne Benjamin, chef du village et planteur villageois depuis près de vingt ans, parcourt sa plantation pour évaluer l’état des palmiers, contrôler les herbes et organiser les travaux du jour.

« Toutes les herbes ne sont pas nuisibles. Certaines protègent le sol, d’autres étouffent les palmiers », explique-t-il.

Son quotidien illustre une réalité souvent absente des statistiques agricoles : le planteur villageois camerounais évolue dans une économie de forte intensité humaine, où la survie de l’exploitation dépend autant de l’endurance physique que de l’accompagnement technique.

« Ma mission principale est l’accompagnement », confirme Keki Nhiomog Eric, encadreur des planteurs villageois du secteur 2 de Koukoué. « Nous intervenons dans l’entretien des champs, l’épandage des engrais, la gestion des récoltes, le transport des régimes et même l’assistance administrative », poursuit-il.

Cette présence de proximité traduit la transformation progressive du modèle agricole villageois. L’exploitation familiale ne repose plus uniquement sur les savoirs traditionnels ; elle s’inscrit désormais dans une logique de productivité, de standardisation technique et d’intégration industrielle.

Entre ambitions de modernisation et fragilités structurelles

À travers son Projet PV, la Socapalm ambitionne de bâtir une filière plus structurée, plus compétitive et plus inclusive, capable de répondre à la demande nationale croissante en huile de palme tout en réduisant les importations.

Mais cette modernisation met également en lumière plusieurs fragilités structurelles. Malgré les appuis techniques, les revenus des producteurs restent soumis à une forte pression fiscale et à des coûts d’exploitation élevés.

« Les impôts sont passés de 5 % à 10 % », déplore Mbahe Kaarne Benjamin. À ces charges s’ajoutent les dépenses liées aux ouvriers, aux coupeurs et à l’entretien des plantations.

Autre défi majeur : le vieillissement des palmeraies. Certaines exploitations datent de la fin des années 1970 et nécessitent aujourd’hui des opérations coûteuses de replanting.

« Si j’en avais les moyens, j’aurais déjà renouvelé certaines parcelles », reconnaît le planteur.

Derrière les ambitions de modernisation se pose ainsi la question cruciale du financement durable des exploitations villageoises. La performance future de la filière dépendra largement de la capacité des producteurs à maintenir leurs rendements dans un contexte marqué par le vieillissement des plantations et la hausse continue des charges.

Une paysannerie devenue stratégique pour la souveraineté alimentaire

À Koukoué comme dans l’ensemble des bassins palmicoles d’Édéa, l’avenir de la filière se jouera désormais sur la capacité des planteurs villageois à résister à la pression des charges, au vieillissement des plantations et aux exigences croissantes de modernisation.

Derrière chaque régime de noix livré aux usines subsiste une économie rurale fragile, mais essentielle à la souveraineté alimentaire nationale. En consolidant son Projet PV, en renforçant la formation, l’encadrement technique et l’accompagnement des producteurs, la Socapalm tente ainsi de sécuriser bien plus qu’un approvisionnement industriel : l’avenir même d’une paysannerie devenue indispensable à l’équilibre économique de la filière palmier à huile au Cameroun.

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