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mardi, avril 16, 2024
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Éducation : Comment le Dr Gaël Tanguy Nono, survole la construction et la déconstruction du leadership militant opposant

Quelques mois après la soutenance de sa thèse, le Docteur en science politique Gaël Tanguy Nono a accordé un entretien pour le compte du Média Cameroon-Files afin d’analyser son thème de recherche intitulé  » Militer dans une ville rebelle. contribution a la socio-histoire du leadership militant dans la ville de douala « (1948-2022). L’expert a profité de l’échange pour apporter une contribution de qualité dans le  microcosme académique, tout en élaborant une étude profonde objective, pertinente et chronologique de la sphère politique Camerounaise.

Dans quel contexte s’inscrit le choix que vous avez porté pour le thème de cette thèse qui s’intitule  » Militer dans une  » Ville Rebelle  » Contribution à la Socio-Histoire du Leadership Militant à Douala (1948-2022)?

Le choix de ce sujet n’est pas anodin. Douala est le chef-lieu de la Région du Littoral et du département du Wouri. C’est l’une des villes les plus importantes du Cameroun de par son positionnement stratégique. Avec sa population estimée à quatre millions, la ville de Douala concentre l’essentiel de l’activité du pays, raison pour laquelle elle est présentée comme étant la capitale économique du Cameroun. Si le Cameroun c’est l’Afrique en miniature, Douala est incontestablement le Cameroun en mouvement voire en mutation. C’est ici qu’est né le Cameroun comme le renseigne l’histoire politique. Le contexte actuel donne à voir que la mairie de la ville est constituée de six communes d’arrondissement et compte trois communautés autochtones : les Bassa, les Duala et les Bakoko. Du fait de l’afflux de nombreuses communautés et populations riveraines vers cette ville portuaire et capitale économique aux nombreuses opportunités, Douala est aujourd’hui une mosaïque ethnique, un espace urbain cosmopolite qui représente bien le Cameroun comme « Afrique en miniature ». La ville doit sa croissance récente à l’exode rural qui a poussé des centaines de milliers de camerounais à quitter leurs campagnes pour s’installer dans la ville. Ce phénomène migratoire est à l’origine de la complexification de la ville et la source de plusieurs problèmes urbains notamment la promiscuité, l’incivisme et insécurité. C’est une variable explicative qui permet de comprendre pourquoi les interactions entre autochtones et allogènes sont généralement conflictuelles. L’histoire révèle que Douala fut autrefois capitale politique du Cameroun (1885 à 1909 et de 1909 à 1921). Ce changement de statut est dû non seulement à sa situation géographique dans la mesure où, pour les autorités politiques, la capitale serait trop exposée du fait de la façade maritime mais aussi à la culture contestataire qui s’est progressivement développée dans cet espace depuis la période coloniale. Ce qui lui a donc valu les étiquettes de « ville frondeuse, capitale de l’opposition, cité bouillante, ou ville turbulente ».

Le Dr Gaël Tanguy Nono, lors de la soutenance de sa thèse de Doctorat

Selon-vous quelles sont les baromètres qui constituent la construction du leadership militant opposant dans la ville de Douala ?

Les éléments qui participent à la construction du leadership militant opposant dans la ville de Douala se trouvent dans notre positionnement analytique. Dans ce sens, l’histoire est révélatrice. Pour en apprécier la pertinence, il suffit de prendre en compte l’évolution et la trajectoire historique de cet espace géographique depuis le siècle dernier. Le fait même que l’histoire du nationalisme camerounais tire son origine de la ville de Douala avec la naissance du premier mouvement politique, l’Union des Populations du Cameroun (Upc) en 1948 est révélateur. Ce mouvement va livrer une guerre sans merci d’abord contre l’administration française pour l’indépendance du Cameroun (1955-1960), ensuite, écartée du pouvoir après l’indépendance, l’Upc estimait que cette indépendance octroyée par la France n’était qu’un simulacre et va déclencher une insurrection afin de renverser le nouveau régime (1960-1971). Cette initiation au militantisme de contestation dans la ville Douala va également connaitre un épisode majeur durant les années dites de démocratisation et de libéralisation de la vie politique des années 1990. Cette nouvelle expérience de contestation avait comme épicentre la ville de Douala d’où cette  mobilisation populaire anti régime a commencé avant de se répandre  dans les autres villes du Cameroun. Dans la littérature politique, on s’accorde à reconnaitre que « les villes mortes » campagne d’incivisme politique qui a caractérisé « les années dites de braise » ont été inaugurées à Douala.   Autre contexte autre manifestation de « la rebelleité », la ville frondeuse va encore s’illustrer par inauguration in situ des « émeutes de la faim ».  En effet, en février 2008, cette ville a été le théâtre de vives violences urbaines qualifiées d’ « émeutes de la faim ».  Récemment encore, précisément en 2019, sous fond de mobilisations électorales, certaines formations politiques notamment le Mrc ont manifesté en vue de contester les résultats du scrutin présidentiel. Comme pour les précédentes expériences d’indocilité politique, cette autre manifestation de grande envergure est pensée et inaugurée à Douala avant de se rependre ailleurs. Sous ce rapport, on constate qu’entre 1948 et 2022, Douala est apparue comme une zone-pivot en matière de contestation au Cameroun. À l’observation et à l’analyse, on se rend compte qu’il y a comme une sorte d’habitus, de dépendance du sentier (path dependency) voire de « prédiction créatrice » en ce sens que la « rébelleité » a tendance à se perpétuer dans la manière de militer dans cette ville réputée « rebelle » et « frondeuse ». C’est dans cette perspective que Guillaume EKAMBI DIBONGUÈ écrit que « l’identité protestataire attribuée à la cité portuaire n’est pas usurpée : elle est une marque, voire une vocation conférée par l’histoire».  Il est donc important d’observer, d’analyser et de rendre compte du comportement politique dans cette ville réputée « rebelle » et « frondeuse » en intégrant dans l’analyse les ruptures et les continuités des arts de faire le militantisme à Douala. C’est fort de ce constat que nous avons décidé d’intituler notre étude Militer dans une ville rebelle. Contribution à la socio-histoire du leadership militant dans la ville de Douala (1948-2022).

À la lumière de la problématique que vous évoquez, quelles sont les indicateurs de la domination politique de l’opposition institutionnelle à Douala?

Il convient de rappeler ici que notre travail de recherche s’articule principalement autour de la question suivante: Comment s’est construit et déconstruit le leadership militant opposant qui structure et détermine les comportements politiques dans la ville de Douala ? De cela on peut indiquer que, le leadership militant opposant qui a animé la vie politique dans la ville de Douala ne peut véritablement se comprendre qu’à partir d’un ensemble de faits historiques qui renseignent sur l’émergence d’une culture de la résistance et de la contestation à Douala depuis la période précoloniale jusqu’à la post colonie en passant par « l’instant colonial ». Il s’agit notamment de l’audacieuse dénonciation des traités germano-Duala, l’émergence du nationalisme, et dans une certaine mesure les traumatismes des années d’indépendance d’une part et des années dites de « braise » d’autre part constituent des temps forts de ce processus de socialisation à la défiance, à l’indocilité, à la contestation et à la résistance politique in situ. Le positionnement opposant de la ville de Douala ne peut se comprendre que si on intègre dans l’analyse la perpétuation au fil des années d’une longue tradition de la contestation politique qui va s’avérer décisive pour l’enracinement urbain d’un leadership militant de type opposant dans cet espace urbain pendant les années de retour au multipartisme et d’initiation à la libéralisation politique.

Quelle Analyse faites-vous du paysage du leadership militant dans la ville de Douala depuis la mise en vigueur des libertés publiques ?

L’entrée en vigueur des libertés publiques est l’une des conséquences du leadership militant de type opposant pratiqué dan la ville de Douala. Celle-ci constitue une véritable fenêtre d’opportunité politique dans le processus d’enracinement de la rebeleité dans la ville de Douala. Autrement dit, c’est la soif, et le désir du pluralisme politique des acteurs de l’opposition qui vont dans une certaine mesure influencer l’ordre politique dominant. Le processus de libéralisation de la vie politique entamé au Cameroun à partir des années 1990 a favorisé l’ancrage de l’opposition à Douala. Cette étape de l’histoire de la vie politique trouve toute sa pertinence dans l’analyse de la résurgence contemporaine de l’opposition dans le Wouri. En effet, la loi de 1990 sur les libertés a ouvert un véritable champ d’expression multi-varié à l’opposition qui a profité pour construire son influence dans cette ville. Il s’agit notamment de la libéralisation de la parole et la liberté d’association qui ont permis aux opposants d’asseoir leur domination à Douala.

À travers le fruit de vos recherches, quel est l’impact que vous entendez apporter dans les microcosmes académique et politique ?

Ce travail de recherche va contribuer à enrichir la littérature sur l’histoire politique du Cameroun dans un premier temps. Il va être une sorte de boussole pour les entrepreneurs politiques qui souhaitent s’investir sur l’espace politique camerounais notamment de la ville de Douala dans un deuxième temps. Cette recherche est une aide au développement dans la mesure où il permet aux pouvoirs publics de mieux appréhender le phénomène et de prendre les mesures adéquates afin de mieux réguler la ville rebelle troisièmement.

Quelles sont les références qui constituent la reconfiguration du rapport de force militant à Douala ?

Par reconfiguration du rapport de force, on entend une remise en cause radicale du fonctionnement des entreprises politiques de l’opposition par le parti au pouvoir afin de maximiser ses performances et de contrôler le jeu politique dans cette ville. La cohabitation de certaines formations politiques de l’opposition et le parti au pouvoir allait changer la nomenclature et le paysage politique national et spécifiquement celui de la ville de Douala. L’inversion d’un rapport de force politique dans la ville rebelle semblait inéluctable. Autrement dit, pendant l’exercice du mandat électif de l’opposition et surtout à partir des années 2000, la ville de Douala avait connu une reconfiguration du rapport de force militant à la faveur du parti Dominant. Donc c’est après cette période le parti dominant va mettre les stratégies politico institutionnelles de reconfiguration du leadership militant du parti au pouvoir à Douala.

Au regard de l’environnement politique actuel au Cameroun, quelles sont les partis émergentes qui constituent le leadership opposant à Douala?

Par partis émergents, nous entendons des organisations politiques nouvellement créées qui parviennent à re-entrer dans le jeu politique, à l’influencer et à obtenir des résultats électoraux satisfaisants. Autrement dit, ces entreprises politiques, malgré la complexité du champ politique et les artifices du parti au pouvoir, ont réussi à se repositionner dans le système politique camerounais, principalement dans la ville de Douala. De ce point de vue on peut citer le Pcrn, le purs, le Mrc qui livrent une guerre sans merci d’abord contre l’administration française pour l’indépendance du Cameroun (1955-1960), ensuite, écartée du pouvoir après l’indépendance, l’Upc estimait que cette indépendance octroyée par la France n’était qu’un simulacre et va déclencher une insurrection afin de renverser le nouveau régime (1960-1971). Cette initiation au militantisme de contestation dans la ville Douala va également connaitre un épisode majeur durant les années dites de démocratisation et de libéralisation de la vie politique des années 1990. Cette nouvelle expérience de contestation avait comme épicentre la ville de Douala d’où cette  mobilisation populaire anti régime a commencé avant de se répandre  dans les autres villes du Cameroun. Dans la littérature politique, on s’accorde à reconnaitre que « les villes mortes » campagne d’incivisme politique qui a caractérisé « les années dites de braise » ont été inaugurées à Douala.   Autre contexte autre manifestation de « la rebelleité », la ville frondeuse va encore s’illustrer par inauguration in situ des « émeutes de la faim ».  En effet, en février 2008, cette ville a été le théâtre de vives violences urbaines qualifiées d’ « émeutes de la faim ».  Récemment encore, précisément en 2019, sous fond de mobilisations électorales, certaines formations politiques notamment le M.R.C ont manifesté en vue de contester les résultats du scrutin présidentiel. Comme pour les précédentes expériences d’indocilité politique, cette autre manifestation de grande envergure est pensée et inaugurée à Douala avant de se rependre ailleurs. Sous ce rapport, on constate qu’entre 1948 et 2022, Douala est apparue comme une zone-pivot en matière de contestation au Cameroun. À l’observation et à l’analyse, on se rend compte qu’il y a comme une sorte d’habitus, de dépendance du sentier (path dependency) voire de « prédiction créatrice » en ce sens que la « rébelleité » a tendance à se perpétuer dans la manière de militer dans cette ville réputée « rebelle » et « frondeuse ». C’est dans cette perspective que Guillaume EKAMBI DIBONGUÈ écrit que « l’identité protestataire attribuée à la cité portuaire n’est pas usurpée : elle est une marque, voire une vocation conférée par l’histoire ».  Il est donc important d’observer, d’analyser et de rendre compte du comportement politique dans cette ville réputée « rebelle » et « frondeuse » en intégrant dans l’analyse les ruptures et les continuités des arts de faire le militantisme à Douala. C’est fort de ce constat que nous avons décidé d’intituler notre étude Militer dans une ville rebelle. Contribution a la socio-histoire du leadership militant dans la ville de Douala (1948-2022).

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