En conclave dans la capitale politique camerounaise, du 23 au 25 avril, les experts des six pays de la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale ( CEMAC) ont adopté un guide pratique des Recensements Généraux de la Population et de l’Habitat (RGPH).
Objectif des assises de trois au CH Concord hôtel de Yaoundé : des données démographiques comparables d’ici 2030 pour mieux piloter les politiques publiques.
Les statisticiens d’Afrique centrale parlent désormais le même langage. Une quarantaine d’experts des Instituts Nationaux de la Statistique du Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, Guinée équatoriale et Centrafrique ont validé, ce vendredi 25 avril à Yaoundé, le guide pratique régional des Recensements Généraux de la Population et de l’Habitat (RGPH).
Les travaux, ouverts le 23 avril par Nicolas BEYEME NGUEMA le Commissaire CEMAC en charge du Département des Politiques Économique Monétaire et Financière Politiques Économique, Monétaire et Financière, étaient appuyés par l’UNFPA et financés par la Banque mondiale via le projet HISWACA.
Pourquoi un guide commun ?
« Nous avons besoin de données comparables dans la sous-région », a insisté Nicolas Beyeme Nguema à la clôture. Aujourd’hui, chaque pays a ses méthodes, ses questionnaires et ses calendriers. Résultat : impossible de comparer le taux d’urbanisation de Douala et celui de Libreville, ou le chômage des jeunes de N’Djamena et Bangui.
Le nouveau référentiel harmonise tout : définitions, concepts, cartographie censitaire, calendrier et surtout collecte numérique. Il est arrimé aux standards des Nations unies.
Le constat : 20 ans de retard statistique
L’urgence est documentée. La plupart des États de la CEMAC n’ont pas respecté le cycle décennal des recensements. Le Cameroun réalise son 4ᵉ RGPH du 24 avril au 29 mai 2026, soit 21 ans après le précédent de 2005. Le Tchad, le Congo et la RCA sont dans des situations similaires.
Sans données à jour sur la population, l’emploi ou le logement, _« les États naviguent à vue »_, analyse un expert de l’INS présent à Yaoundé. Les budgets sont votés sur des projections vieilles de 15 ans. Les investisseurs manquent de visibilité.
Les 3 blocages identifiés
L’atelier a listé les freins communs aux six pays :
1.Rupture de la périodicité : les recensements sautent des décennies faute de financement ;
2.Transition numérique inachevée : trop de papier, délais de traitement de 2 à 3 ans ;
3.Insécurité : Boko Haram dans le bassin du Lac Tchad et crises en RCA limitent l’accès aux ménages.
La solution : le 100% numérique
Le guide impose la méthode CAPI_ – Computer Assisted Personal Interviewing. Les agents équipés de tablettes transmettent les données en temps réel. Objectif : publier les résultats en 6 mois au lieu de 3 ans.
Le Cameroun teste le dispositif dès cette semaine avec 30 000 agents recenseurs. Le projet HISWACA financera l’équipement des autres pays.
Et après ?
La Commission CEMAC demande à ses États membres de transposer le guide dans leur droit national. L’ambition : un premier cycle de recensements harmonisés CEMAC entre 2028 et 2030. Il ne reste plus qu’à espérer que toutes ces bonnes intentions se traduisent en actes concrets, et influent significativement les politiques publiques des Etats de la sous-région Afrique Centrale.




