Alors que le gouvernement camerounais envisage d’autoriser l’implantation officielle de Starlink, le fournisseur d’accès à Internet par satellite de SpaceX, de nombreuses voix s’élèvent pour alerter sur les dérives sécuritaires de cette technologie dans un contexte régional déjà miné par le terrorisme.
Le 27 juin 2025, une délégation de Starlink a été reçue à Yaoundé par Minette Libom Li Likeng, ministre des Postes et Télécommunications. Cette rencontre, selon plusieurs sources, entre dans le cadre d’un processus de régularisation qui pourrait mener à l’autorisation officielle d’opérer au Cameroun. Pourtant, cette opération, présentée comme une avancée technologique, pourrait s’avérer être une véritable brèche sécuritaire dans un pays en proie aux attaques terroristes et aux tensions séparatistes depuis près d’une décennie.
Un Internet sans frontières… ni barrières ?
Starlink offre une couverture Internet à haut débit via satellite, sans dépendance aux infrastructures terrestres. C’est là à la fois sa force et son danger : cette connectivité globale et mobile rend tout contrôle extrêmement complexe, voire impossible, pour les États. Une problématique qui ne relève plus du domaine de la fiction, mais bien d’une réalité que vivent déjà plusieurs pays de la bande sahélo-saharienne.
Au Mali, au Niger ou encore au Tchad, les services de sécurité ont confirmé la présence de kits Starlink entre les mains de groupes djihadistes. Une vidéo largement diffusée en 2024 montre par exemple un groupe armé affilié à Al-Qaïda (le JNIM) opérant dans la région de Gao avec une antenne Starlink en plein désert. L’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée (GI-TOC) a même établi que ces technologies permettent aux groupes terroristes d’optimiser leurs communications, leurs déplacements, voire leurs actions militaires.
Et le Cameroun dans tout ça ?
Le Cameroun est loin d’être à l’abri. Depuis 2014, le pays est confronté à l’extrémisme violent de Boko Haram dans l’Extrême-Nord, et depuis 2016, aux velléités séparatistes dans les régions anglophones. Ces groupes, opérant dans des zones reculées, pourraient très rapidement tirer profit d’un accès à Internet autonome et difficilement traçable comme celui offert par Starlink.
Dans un environnement aussi sensible, permettre l’installation d’un opérateur satellitaire sans garde-fous rigoureux, c’est potentiellement offrir un canal de communication ininterrompu à des entités hostiles, échappant au contrôle des autorités.
Une décision stratégique à ne pas prendre à la légère
Les autorités camerounaises doivent donc avancer avec une extrême prudence. Le précédent est clair : Starlink, bien qu’interdit dans certains pays ou régions, continue d’y opérer grâce à la portabilité et à la discrétion de ses équipements. Ce fut déjà le cas au Cameroun avant sa suspension en 2024, où le service était disponible sans autorisation formelle.
Il ne s’agit pas de rejeter en bloc la technologie ou de freiner la transformation numérique du pays, mais de poser un cadre légal strict, capable de limiter les abus et de garantir la souveraineté numérique. Cela passe par un système de licences contrôlées, une obligation de coopération avec les autorités de sécurité, et une surveillance en temps réel des zones d’utilisation.
Vers une cybersécurité souveraine
À l’heure où l’Afrique devient un terrain de plus en plus ciblé par les groupes terroristes, le Cameroun ne peut se permettre de banaliser un tel enjeu. L’arrivée de Starlink doit être l’occasion de repenser la stratégie de cybersécurité nationale, en lien étroit avec les menaces hybrides que pose le terrorisme moderne.
Il ne suffit plus de défendre les frontières physiques. Il faut désormais anticiper les risques liés aux technologies décentralisées et transfrontalières, qui peuvent devenir des armes silencieuses entre de mauvaises mains.




