Et si le Cameroun transformait les bouleversements liés à l’intelligence artificielle et aux actifs numériques en opportunité de souveraineté économique ? C’est l’une des principales questions soulevées par Abdel Akimi Ngapout Ngouh, inspecteur du Trésor et expert en finances publiques, dans son ouvrage Le Protocole de Yaoundé : Charte du Nouvel Ordre Économique (NOÉ), dont l’édition actualisée date de juillet 2026.
À travers ce livre, l’auteur développe une réflexion sur l’avenir économique et financier du Cameroun dans un contexte marqué par l’accélération de l’intelligence artificielle, la montée des actifs numériques et la transformation progressive des infrastructures financières mondiales.
Une proposition de rupture
Pour Abdel Akimi Ngapout Ngouh, le Cameroun se trouve à un moment charnière. Dans son analyse, l’endettement public, la faible bancarisation classique, le poids de l’économie informelle et la dépendance aux matières premières constituent autant de vulnérabilités auxquelles le pays doit répondre.
L’auteur oppose ainsi au statu quo une stratégie de rupture fondée sur trois notions : souveraineté monétaire, souveraineté budgétaire et souveraineté technologique. Il estime que le Cameroun dispose déjà de certains atouts pour accélérer cette transformation, notamment une population jeune et un secteur du mobile money particulièrement développé.
Le BCFA, le FSN et la CameroonChain au cœur du projet
Parmi les principales propositions développées dans l’ouvrage figure le Binaire CFA (BCFA), présenté comme une monnaie numérique souveraine adossée au FCFA. Le projet viserait notamment à favoriser l’inclusion financière et à permettre au pays de mieux capter la valeur générée par l’économie numérique.
Autre pièce maîtresse du dispositif imaginé par l’auteur : le Fonds de Souveraineté Numérique (FSN). Celui-ci serait initialement doté de 1 000 milliards de FCFA et pourrait, selon les scénarios présentés dans le livre, contribuer progressivement au financement du budget de l’État. L’auteur précise toutefois que ces projections sont des scénarios et non des rendements garantis.
La troisième composante est la CameroonChain, une infrastructure blockchain nationale destinée, selon l’ouvrage, à sécuriser les transactions et à rendre la dépense publique davantage traçable.
Mobiliser l’épargne des Camerounais
Le livre propose également le Programme d’Investissement Citoyen Tokenisé (PICT). L’idée est de permettre aux citoyens, y compris ceux de l’économie informelle et de la diaspora, d’investir à partir de 1 000 FCFA dans des titres publics tokenisés et d’autres instruments financiers à travers un portefeuille numérique.
Pour Abdel Akimi Ngapout Ngouh, cette approche pourrait contribuer à réduire progressivement le recours de l’État à l’endettement extérieur en orientant une partie de l’épargne nationale vers le financement de l’économie.
Un projet qui touche aussi les agents publics et les secteurs sociaux
L’ouvrage va au-delà de la réforme financière avec GovWealth, un mécanisme d’épargne et d’investissement imaginé pour les agents publics, ainsi que plusieurs applications sectorielles de la blockchain et de l’intelligence artificielle dans l’agriculture, la santé, le foncier et l’éducation.
L’auteur imagine notamment un cadastre numérique, la sécurisation des dossiers médicaux, la traçabilité des médicaments et un vaste programme de formation des jeunes aux technologies de l’avenir.
Une feuille de route à l’horizon 2031
Dans Le Protocole de Yaoundé, Abdel Akimi Ngapout Ngouh propose une mise en œuvre progressive de ses idées à partir de 2027. L’adoption de textes juridiques et la création des structures nécessaires constitueraient la première étape, avant des expérimentations en 2028 et une généralisation progressive à partir de 2029. L’auteur envisage même, à terme, une extension du modèle à la CEMAC et à la CEDEAO.
Avec cet ouvrage, Abdel Akimi Ngapout Ngouh entend ainsi ouvrir un débat sur le modèle économique du Cameroun à l’ère de l’intelligence artificielle. Plus qu’un constat sur les mutations en cours, Le Protocole de Yaoundé se présente comme une proposition de refondation articulant finance numérique, souveraineté économique, mobilisation de l’épargne nationale et modernisation de l’action publique. Les mécanismes proposés restent, à ce stade, ceux défendus par l’auteur et nécessiteraient notamment, pour leur éventuelle mise en œuvre, l’accord des autorités monétaires communautaires compétentes.
