Cyril Bojiko est sorti de son silence. Le président-directeur général du groupe Balafon est revenu ce matin sur la polémique née de l’annonce de la participation d’Albert Dzongang et de Joseph Thierry Okala Ebodé à l’émission « Sacré matin ». Accusé de manipulation par certains détracteurs, le patron de Balafon Media défend une démarche éditoriale qu’il présente comme relevant du principe élémentaire d’équilibre de l’information.
Selon lui, aucune confrontation directe n’était prévue entre les deux invités. Albert Dzongang devait intervenir en studio, tandis que Joseph Thierry Okala Ebodé devait s’exprimer séparément par téléphone. « L’objectif était simple : permettre au public d’entendre deux lectures d’une même actualité politique », explique Cyril Bojiko.
Le patron de Balafon reconnaît néanmoins que le visuel utilisé pour annoncer l’émission pouvait prêter à confusion. La présence des deux invités sur une même affiche pouvait laisser croire à un débat ou à un face-à-face. Une ambiguïté qu’il assume comme une « maladresse de présentation », tout en rejetant catégoriquement l’idée d’une manipulation. « Reconnaître une maladresse de présentation sur une affiche ne signifie pas reconnaître une manipulation », insiste-t-il.
« Une interview n’est pas une tribune sans question ni contradiction »
Pour Cyril Bojiko, le traitement de cette actualité répond à une règle journalistique fondamentale : permettre au public d’entendre des positions différentes.
Il s’interroge ainsi sur la notion de « piège » évoquée dans les critiques adressées à Balafon Media. Les invités, rappelle-t-il, connaissaient le sujet sur lequel ils devaient s’exprimer et devaient intervenir séparément. « Est-ce manipuler un responsable politique que de recueillir également la position d’une personne qui ne partage pas son analyse ? », demande-t-il.
Le dirigeant revendique par ailleurs le droit pour les journalistes de poser des questions, y compris celles que les responsables politiques préféreraient éviter. « Une interview n’est pas un procès, mais elle n’est pas non plus une tribune sans question ni contradiction », souligne-t-il.
La colère ne justifie pas « l’injure » et la « diffamation »
Cyril Bojiko dit pouvoir comprendre l’émotion suscitée par la polémique, notamment dans un contexte marqué par les récents bouleversements au sein du MRC et la démission de Maurice Kamto. Mais il refuse que cette émotion serve de justification aux attaques contre le média. « Comprendre l’émotion ne signifie pas accepter l’injure. Comprendre la colère ne signifie pas autoriser la diffamation », affirme-t-il.
Il défend notamment le choix éditorial d’avoir donné la parole à un responsable présenté comme exclu du MRC, mais qui demeure, selon lui, un membre fondateur de cette formation politique. Pour Balafon, entendre une voix différente ne constitue pas un engagement partisan.
Bojiko prend d’ailleurs soin de distinguer le MRC dans son ensemble des personnes qui ont pris part aux attaques contre son média. Il refuse de rendre l’ensemble des militants responsables des excès de certains.
« Nous ne sommes ni le média du pouvoir ni celui de l’opposition »
Le patron de Balafon Media revendique une indépendance qui, selon lui, explique les accusations parfois contradictoires visant son groupe. « Certains nous ont même accusés d’être trop MRC. Aujourd’hui, d’autres nous accusent d’être pro-gouvernement », relève-t-il.
Pour Cyril Bojiko, cette contradiction est précisément la preuve que Balafon Media refuse d’être enfermé dans un quelconque camp. Le média se définit comme « social et républicain », attaché aux causes sociales, aux populations vulnérables et à l’intérêt général.
Une ligne éditoriale résumée par une question : « Où est l’intérêt du citoyen dans tout cela ? »
Cyril Bojiko insiste également sur le modèle économique de son entreprise. Balafon Media, rappelle-t-il, est le résultat de quinze années de travail, de sacrifices et de risques assumés.
« Cette entreprise n’est financée ni par aucun parti politique et encore moins par l’argent public. Elle vit de son travail, de son audience et de la confiance de ses partenaires et de ses annonceurs », assure-t-il. Une réalité qui, selon lui, impose de défendre l’indépendance du média et les intérêts de tous ceux qui participent à son fonctionnement.
Dès lors, aucun parti politique ne saurait choisir les invités de Balafon, imposer les questions des journalistes ou décider quelles opinions peuvent être entendues à l’antenne.
« Notre antenne restera ouverte à tous »
Cyril Bojiko assure ne pas vouloir répondre aux insultes par les insultes ni prolonger la polémique sur les réseaux sociaux. Les critiques argumentées, dit-il, resteront néanmoins les bienvenues. Balafon Media continuera ainsi à recevoir des représentants du pouvoir, de l’opposition et de la société civile. « Vous pouvez contester nos choix, c’est votre droit. Vous pouvez critiquer le travail, c’est votre droit. Vous pouvez aussi nous donner des conseils, on va les accepter », affirme-t-il.
Mais cette ouverture ne signifie pas renoncer à la liberté éditoriale.
« Aucun parti ne choisira nos autres invités à notre place. Aucun responsable politique ne nous imposera nos questions à notre place. Personne ne nous interdira d’entendre une opinion contraire », martèle le Pdg du groupe Balafon .
Au terme de sa mise au point, Cyril Bojiko réaffirme donc la ligne de conduite de Balafon Media : donner la parole à tous, interroger tous les camps et préserver son indépendance. « La liberté de presse ne peut pas être défendue lorsqu’elle est favorable et combattue lorsqu’elle nous confronte à une parole différente », conclut-il.
Avant de lancer son ultime message : « Notre antenne restera ouverte à tous. Notre indépendance, elle n’appartient qu’à nous. »
L. Nzié
