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Métallurgie : l’Ocitram plaide pour une rationalisation de la filière et une meilleure valorisation du « Made in Cameroon »

Dans un contexte de forte croissance des investissements dans la transformation du fer et de l’aluminium au Cameroun, l’Organisation camerounaise des industries de transformation des métaux (Ocitram) appelle à une meilleure structuration de la filière. Son coordonnateur revient sur les défis de surcapacité, de qualité, d’approvisionnement en matières premières et d’accès à l’énergie.

Depuis plusieurs années, le secteur camerounais de la transformation des métaux connaît une dynamique soutenue. Pour le coordonnateur de l’Ocitram, cette effervescence est le résultat de plus de quinze années de concertation entre l’État et les industriels.

« L’État et les membres de notre organisation ont beaucoup travaillé pour construire une filière viable et compétitive », explique-t-il. Cette démarche a permis de renforcer l’attractivité du secteur, grâce notamment à la structuration progressive de l’interprofession, initialement connue sous le nom d’Ocita.

Une industrie encore sous-exploitée

Malgré les investissements consentis, les unités industrielles du secteur fonctionnent encore à moins de 50 % de leurs capacités installées. En cause : la raréfaction de la ferraille, principale matière première utilisée dans la production de l’acier.

Le coordonnateur de l’Ocitram alerte également sur les risques liés à l’installation anarchique de nouvelles unités dans un marché déjà en situation de surproduction sur certains segments, comme le fer à béton ou les bonbonnes de gaz. Selon lui, une rationalisation de la politique industrielle s’impose afin d’éviter des dérives similaires à celles observées en Chine, où les surcapacités industrielles constituent aujourd’hui un risque économique majeur.

Des normes strictes pour garantir la qualité

Les membres de l’Ocitram, parmi lesquels Alucam, Aciéries du Cameroun, Metafrique, Prometal et Proalu, affirment produire selon les normes camerounaises, elles-mêmes alignées sur les standards internationaux.

Dans le domaine des produits en aluminium, l’organisation dénonce toutefois la concurrence de produits importés de qualité inférieure et souvent non conformes aux exigences techniques, notamment en matière de composition chimique et de marquage.

« Les produits made in Cameroon sont meilleurs que ceux de plusieurs pays comparables de la sous-région », soutient le coordonnateur.

La Zlecaf comme nouvel horizon

Face à la saturation du marché local, l’Ocitram encourage ses membres à se tourner vers les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

L’organisation estime que la conquête des marchés africains constitue un levier stratégique pour absorber les capacités de production disponibles et renforcer la compétitivité de l’industrie camerounaise des métaux.

Pourquoi les prix restent élevés

Bien que la production nationale soit en hausse, les prix du fer à béton demeurent relativement élevés. Selon l’Ocitram, plusieurs facteurs influencent le coût final : prix de la matière première, énergie, logistique, fiscalité, main-d’œuvre et coûts de distribution.

Les prix restent toutefois encadrés par le ministère du Commerce, chargé de leur homologation et de leur suivi.

Pour l’organisation, la baisse durable des prix passera par une amélioration de l’accès aux intrants locaux, une politique fiscalo-douanière adaptée et la poursuite de la stratégie d’import-substitution.

Des solutions connues, mais encore insuffisamment mises en œuvre

L’Ocitram salue l’arrêté du Premier ministre du 14 mars 2025, qui encadre les modalités d’implantation et d’exploitation des unités de transformation de l’acier.

L’organisation travaille également à l’élaboration d’un plan d’action triennal destiné à consolider la structuration de la filière et à renforcer son ancrage dans une chaîne de valeur locale.

L’espoir des projets miniers et énergétiques

Pour les industriels, les projets miniers de fer et de bauxite, ainsi que les infrastructures énergétiques comme le barrage de Nachtigal, représentent des perspectives majeures.

L’exploitation locale de ces ressources pourrait réduire la dépendance aux importations, à condition de développer des unités intermédiaires de transformation, telles que des raffineries d’alumine ou des usines de production de pellets et de billettes.

Au plan énergétique, les industriels insistent sur la nécessité d’une alimentation continue, stable et compétitive en électricité et en gaz. Le port de Kribi est notamment présenté comme un hub stratégique en attente de l’approvisionnement en gaz de la SNH.

Préserver le tissu industriel national

En conclusion, l’Ocitram appelle à une politique volontariste visant à protéger les industries existantes, garantir l’accès aux matières premières, renforcer le respect des normes et promouvoir les produits sidérurgiques camerounais à l’international.

Pour l’organisation, la compétitivité du « Made in Cameroon » dans les métaux dépendra de la cohérence entre politique industrielle, stratégie énergétique et volonté de conquête des marchés africains.

Source : Cameroon Tribune, édition du lundi 11 mai 2026.

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