Réunis à Douala le 4 novembre 2026, le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) et le ministère des PME ont convenu d’une feuille de route 2027-2030 pour faciliter l’intégration progressive des unités de production informelles dans l’économie formelle. Une démarche qui privilégie les incitations économiques à la contrainte fiscale.
Vingt recommandations pour faire de la formalisation un choix économiquement avantageux plutôt qu’une obligation administrative. C’est le principal acquis de la concertation nationale entre le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) et le ministère des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, tenue ce mercredi 4 novembre 2026 au siège du patronat, à Douala-Bonanjo. Au terme des échanges, les deux parties ont convenu de traduire ces propositions dans une feuille de route couvrant la période 2027-2030.
Conçue comme un véritable contrat de partenariat, cette feuille de route sera accompagnée d’une matrice d’action précisant, pour chaque recommandation, les administrations et organisations responsables, les échéances ainsi que les livrables attendus. Un dispositif de concertation et de suivi régulier devra également permettre de mesurer les avancées et de veiller à l’application effective des engagements.
Issues de trois ateliers thématiques, les vingt recommandations s’attaquent aux principaux obstacles à la formalisation. Elles portent notamment sur la simplification des obligations fiscales et réglementaires, la rationalisation des prélèvements et la réduction des tracasseries administratives. Les participants ont également examiné les mécanismes de structuration des filières, l’intégration des PME dans les chaînes de valeur nationales, l’accès au financement, la protection sociale et l’accompagnement des entreprises après leur formalisation. L’accès au crédit, à la commande publique et aux marchés régionaux figure aussi parmi les leviers identifiés.
Sortir de la logique de contrainte
Présidant les travaux, le ministre Achille Bassilekin III a placé la question du changement de perception au cœur de la démarche gouvernementale. Pour lui, la formalisation ne doit plus être vécue comme une menace fiscale ou administrative, mais comme une opportunité de développement. « Formaliser doit être perçu comme un levier puissant pour le développement durable », a-t-il soutenu.
Le membre du gouvernement a ainsi plaidé pour une approche davantage fondée sur les opportunités que sur l’exclusion. L’ambition est notamment de permettre aux artisans et aux petits opérateurs économiques d’accéder progressivement aux avantages du secteur formel, particulièrement en matière de protection sociale. À ce titre, il a évoqué le projet de mise en place de structures d’organisation de l’artisanat dans les 360 communes du Cameroun.
Une orientation qui rejoint les préoccupations exprimées par le président du Gecam, Célestin Tawamba. S’appuyant sur les données de l’Institut national de la statistique, le patron des patrons a rappelé le poids considérable de l’économie informelle, qui représente plus de 40 % de la richesse nationale et concentre 52 % des emplois non agricoles, contre seulement 5,1 % pour le secteur privé formel.
Pourtant, les unités informelles ne contribuent qu’à hauteur d’environ 1,3 % de leur valeur ajoutée en impôts. Plus révélateur encore, seuls 12,6 % de leurs promoteurs se déclarent disposés à s’immatriculer. Pour Célestin Tawamba, ces chiffres traduisent les limites d’un système dans lequel la formalisation est souvent associée à une augmentation des charges et des contrôles, sans garantie d’un meilleur accès aux opportunités économiques.
« Tant que se formaliser signifie davantage d’impôts et de contrôles, sans meilleur accès au crédit et aux marchés, rester informel est un choix rationnel », a-t-il fait observer.
Faire de la formalisation un intérêt partagé
Le président du Gecam a surtout appelé à rompre avec une approche qui consiste à considérer les acteurs de l’informel comme de simples contribuables à récupérer. « Nous ne demandons pas que l’on aille chercher l’informel. Nous demandons que l’on cesse de le fabriquer », a-t-il martelé. Une manière de souligner que la persistance de l’informalité tient aussi aux insuffisances de l’environnement économique et réglementaire.
Il a par ailleurs établi une distinction entre l’informalité de nécessité, liée aux difficultés d’accès au secteur structuré, et les pratiques de soustraction organisée à l’impôt, que le patronat condamne. Pour lui, l’enjeu est désormais de construire des passerelles entre les entreprises formelles et informelles, plutôt que de les opposer.
Cette ambition suppose notamment de revoir les mécanismes fiscaux qui peuvent pénaliser une entreprise formelle lorsqu’elle travaille avec un partenaire dépourvu de numéro de contribuable. Elle implique également d’imaginer des formes de collaboration adaptées aux réalités des petits opérateurs : contrats simplifiés, groupements, coopératives ou organisations interprofessionnelles.
La question de l’extension de la protection sociale aux travailleurs aux revenus irréguliers, notamment à travers la CNPS et la Couverture santé universelle, a également été soulevée. Célestin Tawamba a insisté sur la nécessité de transformer les réflexions en mesures opérationnelles, avec des responsabilités et des délais clairement établis.
« Le Patronat ne vient pas réclamer. Il propose un changement de regard », a-t-il affirmé, avant de rappeler : « Ce qui nous manque, ce ne sont pas les analyses, ce sont les décisions. »
Au-delà de la poignée de main symbolique entre le ministre Achille Bassilekin III et le président du Gecam, cette concertation marque ainsi une volonté de rapprocher l’État et le secteur privé autour d’un défi majeur de l’économie camerounaise. La prochaine étape sera celle de la mise en œuvre. Car si les vingt recommandations dessinent une orientation commune, leur portée dépendra désormais de leur traduction en décisions concrètes, mesurables et effectivement appliquées sur le terrain.
