Les écarts entre les quantités d’or officiellement déclarées et celles réellement importées ou exportées ne sont pas une singularité camerounaise. C’est le principal enseignement qui se dégage des données publiées par l’organisme onusien UN Comtrade, relayées notamment par la revue Swissaid, lesquelles révèlent l’ampleur du phénomène dans plusieurs pays africains au cours de l’année 2024.
Selon ces chiffres, au moins sept pays présentent des déséquilibres significatifs entre les volumes d’or déclarés par les administrations nationales et ceux enregistrés dans les statistiques du commerce international.
Ainsi, le Soudan affiche un écart estimé à 29 tonnes d’or entre les déclarations officielles et les importations constatées. Le Togo fait encore plus, avec un différentiel de 32 tonnes, tandis que la Libye se distingue par un écart particulièrement élevé, atteignant 97 tonnes.

En Afrique centrale, le Tchad enregistre un écart de 28 tonnes pour la seule année 2024. En Afrique de l’Est, le Rwanda présente une différence de 19 tonnes, tandis qu’en Ouganda, l’écart entre l’or déclaré et celui effectivement importé est estimé à 9 tonnes.
Le cas du Ghana, l’un des principaux producteurs d’or du continent, est tout aussi révélateur : selon UN Comtrade, près de 90 % de l’or importé échappe encore au circuit formel, soulignant l’ampleur de l’économie informelle et des flux non déclarés.
Le Cameroun, un cas loin d’être isolé
Comparé à ces situations, le cas du Cameroun apparaît « plus simple », selon les analystes, même si le pays est lui aussi confronté depuis des années à d’importants écarts statistiques dans le secteur aurifère. Ces constats confirment que la sous-déclaration et les circuits parallèles constituent un phénomène structurel à l’échelle du continent, alimenté par l’orpaillage artisanal, la porosité des frontières et l’insuffisance des mécanismes de contrôle.
Des réformes annoncées pour inverser la tendance
Dans cette perspective, les experts estiment que les mesures de sauvegarde annoncées par le gouvernement camerounais, à travers le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT), et prévues pour entrer en vigueur à partir de janvier 2026, pourraient repositionner le pays. L’objectif affiché est de mieux capter les ressources aurifères, sécuriser les flux et renforcer la traçabilité, avec l’ambition de faire du Cameroun une référence mondiale en matière de gouvernance du secteur aurifère.
La Sonamines reconnaît des limites structurelles
Ces chiffres font écho aux récentes déclarations du directeur général de la Société nationale des mines (Sonamines), Serges Hervé Boyogueno, dans un entretien accordé au quotidien Ecomatin. En droite ligne du communiqué du MINMIDT, le patron de la Sonamines a reconnu que, malgré son rôle de bras séculier de l’État dans la collecte et la commercialisation de l’or, sa structure ne dispose pas encore des moyens suffisants pour remplir pleinement ses missions.
Il admet par ailleurs que le phénomène des écarts entre l’or produit, exporté et celui officiellement déclaré n’est pas nouveau au Cameroun. À titre d’illustration, les données historiques sont édifiantes :
en 2017, les exportations en provenance du Cameroun étaient estimées à 10,9 tonnes, contre seulement 29,7 kg officiellement exportés ;
en 2016, 9,94 tonnes contre 2,35 kg déclarés ;
en 2015, 10,43 tonnes contre 87 kg ;
en 2014, 8,67 tonnes contre 248 kg ;
et en 2013, 9,57 tonnes contre 122 kg officiellement enregistrés.
Un enjeu stratégique pour les États africains
Au-delà des chiffres, ces écarts traduisent un manque à gagner colossal pour les États africains en termes de recettes fiscales, mais aussi un défi majeur en matière de gouvernance, de transparence et de lutte contre les flux illicites. Les données d’UN Comtrade rappellent ainsi l’urgence de réformes structurelles pour mieux intégrer l’or dans les circuits formels et faire de cette ressource stratégique un véritable levier de développement.
À suivre.
LCC




