L’ancien directeur de campagne d’Issa Tchiroma Bakary à l’élection présidentielle de 2025, le Dr Christian Maneng’s, a fait de nombreuses révélations ce lundi matin sur les antennes de Radio Balafon. Expert en gestion d’image et de réputation, il est revenu sans détour sur les stratégies de communication déployées durant la campagne du candidat du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC).
Au cours de cet entretien, Dr Christian Maneng’s a reconnu avoir largement misé sur le marketing émotionnel afin de renforcer l’audience et la popularité d’Issa Tchiroma auprès de l’opinion publique. « J’ai utilisé l’émotion avec des phrases comme : “C’est un repenti. Il est prêt à demander pardon. Qui de mieux que lui pour battre Paul Biya ?” Il fallait que je touche la fibre émotionnelle », a-t-il déclaré.
L’ancien conseiller en communication a également affirmé avoir mobilisé plusieurs acteurs influents de la sphère médiatique et numérique pour soutenir cette stratégie. Il a notamment indiqué avoir passé de longues heures au téléphone avec des personnalités telles que Nzui Manto et Boris Bertolt afin d’accompagner la communication du candidat.
Se félicitant du travail accompli, Christian Maneng’s a expliqué que son principal défi consistait à rivaliser avec Patricia Balme, alors considérée comme une professionnelle aguerrie de la communication politique. Selon lui, la campagne a permis de donner une visibilité nationale à un parti qu’il qualifie lui-même de « petit parti pour une petite région ».
Pour atteindre cet objectif, il affirme avoir préconisé une démarche de rassemblement dépassant le cadre du FSNC. « Dans ma stratégie, il fallait rassembler et créer un mouvement Tchiroma 2025 », a-t-il expliqué, estimant que certaines voix au sein du parti, notamment celle de Jeanne Nsoga, ne correspondaient plus à cette orientation en raison d’un discours qu’il jugeait trop marqué par des considérations identitaires.
L’ancien directeur de campagne a également livré son analyse du contexte politique national. Concernant les accusations de fraude électorale, il estime que le président Paul Biya n’aurait pas personnellement orchestré d’éventuelles irrégularités. « Je ne pense pas que Biya ait demandé aux gens de tricher. Je pense plutôt que ce sont ses fidèles qui ont organisé cela pour protéger leurs avantages », a-t-il soutenu.
Christian Maneng’s a par ailleurs évoqué l’état d’esprit d’Issa Tchiroma pendant la campagne, le décrivant comme « un peu frustré » et parfois inquiet face aux enjeux politiques. Il a aussi révélé que l’ancien ministre considérait René Sadi comme une personnalité disposant des capacités nécessaires pour gouverner le Cameroun.
Sur les choix stratégiques opérés après la présidentielle, l’ancien communicant n’a pas caché ses divergences avec son ancien candidat. Il affirme avoir plaidé pour le maintien du dialogue avec les autres forces politiques et les institutions, regrettant que plusieurs tentatives de rapprochement aient été rejetées. « Je pensais qu’il fallait continuer le combat même en cohabitant, au lieu de se retrouver dos au mur », a-t-il déclaré.
Plus surprenant encore, Christian Maneng’s a révélé avoir imaginé un scénario de partage du pouvoir entre Paul Biya et Issa Tchiroma. Selon lui, l’idée était de voir Paul Biya conserver la présidence tandis que Tchiroma occuperait le poste de vice-président dans le cadre d’une transition politique. « Le plan était simple : Tchiroma vient, il nettoie et puis il laisse un jeune diriger », a-t-il affirmé.
Enfin, il s’est montré très critique à l’égard de la décision du FSNC de ne pas participer aux élections législatives et municipales. Une option qu’il considère comme une faute politique majeure. « J’étais contre le président Tchiroma lorsqu’il a dit que le parti n’irait pas aux élections législatives et municipales. C’était une erreur très dangereuse », a-t-il conclu.
Ces déclarations, qui lèvent le voile sur les coulisses de la campagne présidentielle de 2025, pourraient alimenter davantage le débat sur les stratégies de communication politique et les choix opérés par les acteurs de l’opposition camerounaise au lendemain du scrutin.
