Le projet pétrolier et logistique CSTAR, en cours de déploiement à Kribi, franchit de nouvelles étapes grâce à l’utilisation de la technologie modulaire. Au-delà des enjeux énergétiques et industriels, cette infrastructure stratégique apparaît déjà comme un important levier de création d’emplois pour la jeunesse camerounaise.
La visite effectuée le week-end dernier par une délégation de CSTAR sur l’un des sites de fabrication des modules du projet a permis de constater l’avancement satisfaisant des travaux. Selon les responsables de l’entreprise, le calendrier d’exécution est respecté aussi bien pour la fabrication des modules que pour les opérations de préparation du site qui accueillera la future raffinerie couplée à un dépôt stratégique de produits pétroliers à Kribi.
Conduite par Nathalie Moudiki, la délégation s’est félicitée de la progression du chantier, dont les travaux de déforestation et de terrassement avancent conformément aux prévisions. Une évolution qui conforte les ambitions portées par ce projet, aligné sur les objectifs de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), notamment en matière d’industrialisation et de création d’emplois durables.
Un moteur pour l’emploi local
Dans un contexte marqué par le chômage des jeunes et la nécessité de diversifier l’économie nationale, CSTAR est présenté comme un projet structurant susceptible de générer des opportunités d’emploi à plusieurs niveaux.
Les projections sectorielles indiquent en effet que chaque emploi direct créé dans le raffinage pourrait entraîner la naissance de plusieurs emplois indirects dans des secteurs connexes tels que la logistique, la maintenance industrielle, les transports, les services techniques, la sécurité ou encore la sous-traitance locale.
Les besoins en main-d’œuvre devraient s’étendre bien au-delà de la phase de construction. Une fois la raffinerie opérationnelle, l’exploitation des installations nécessitera des techniciens, ingénieurs, opérateurs, spécialistes en maintenance et personnels administratifs, favorisant ainsi le développement de compétences locales dans un secteur à forte valeur ajoutée.
La modularisation pour accélérer le projet
Six ans après l’incendie qui avait mis à l’arrêt l’unique raffinerie du Cameroun en mai 2019, le pays mise sur une nouvelle approche pour relancer son industrie de raffinage. Créée par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) en partenariat avec Ariana Energy, le Consortium RCG et Tradex, CSTAR s’appuie sur la technologie modulaire pour réduire les délais de réalisation.
Cette méthode consiste à fabriquer en usine des unités complètes de la raffinerie avant leur transport vers le site final où elles sont assemblées. Distillation, traitement, stockage, systèmes électriques et utilitaires sont conçus sous forme de modules préassemblés et testés avant leur expédition.
Cette approche permet notamment de mener simultanément la fabrication des équipements et les travaux de préparation du terrain, réduisant considérablement les délais de mise en service. Plusieurs études du secteur évoquent des gains de temps pouvant atteindre 20 à 50 % par rapport aux méthodes conventionnelles.
Une stratégie d’industrialisation
Pour les autorités camerounaises, l’enjeu dépasse la simple construction d’une raffinerie. Il s’agit également de renforcer la transformation locale des ressources naturelles et de réduire la dépendance aux produits raffinés importés.
Le projet s’inscrit ainsi dans une logique de souveraineté énergétique et de création de valeur sur le territoire national. En développant localement des capacités de raffinage, le Cameroun entend progressivement s’éloigner d’un modèle reposant principalement sur l’exportation de pétrole brut vers des raffineries étrangères.
Cette orientation rejoint une tendance observée dans plusieurs pays africains. Au Nigeria, la raffinerie Dangote a largement recours à des modules préassemblés, tandis que des projets similaires ont été développés en Angola, au Kenya, en Ouganda ou encore en Namibie.
Un levier pour l’économie régionale
Implanté à Kribi, principal hub industrialo-portuaire du pays, le complexe CSTAR pourrait également stimuler l’activité économique dans toute la région du Sud. Les besoins en transport, en hébergement, en restauration, en maintenance et en prestations diverses devraient favoriser l’émergence de nombreuses PME locales.
Si la modularisation présente certaines contraintes logistiques liées au transport des équipements, les experts estiment néanmoins qu’elle constitue une solution particulièrement adaptée aux réalités africaines. Plus rapide à déployer et financièrement plus accessible que les grandes raffineries conventionnelles, elle offre au Cameroun une opportunité de renforcer son autonomie énergétique tout en créant des emplois qualifiés.
À terme, CSTAR pourrait ainsi devenir l’un des projets industriels les plus structurants de la décennie, en conciliant production énergétique, industrialisation et insertion professionnelle des jeunes Camerounais.
