Le paysage politique camerounais est secoué par une nouvelle défection au sein du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM). Dans une déclaration rendue publique, Jean Baptiste Ketchateng, cadre du parti et militant de longue date, annonce sa démission, tout en dénonçant une dérive qu’il juge dangereuse pour l’avenir de la formation politique.
Ancien étudiant panafricaniste engagé depuis une trentaine d’années, Ketchateng explique avoir choisi le MANIDEM au début des années 2000, après avoir comparé différentes tendances issues de l’Union des populations du Cameroun (UPC). En 2018, il accède à des responsabilités au sein de la direction du parti, renforçant ainsi son implication dans les orientations stratégiques de la formation.
Aujourd’hui, il affirme que le parti serait “quasiment sous contrôle” du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), une situation qu’il considère incompatible avec les idéaux historiques du MANIDEM. Selon lui, cette évolution traduit une tentative d’instrumentalisation d’un appareil politique dont la popularité s’était renforcée, notamment à la faveur de la dynamique enclenchée lors de l’élection présidentielle d’octobre 2025.

Le démissionnaire évoque en effet une “épopée politique” marquée par une mobilisation autour de l’Union pour le changement, initiative portée par le MANIDEM et inspirée de la tradition upéciste. Une séquence qui, selon lui, aurait contribué à fragiliser le RDPC et ses alliés, suscitant en retour des manœuvres contraires aux intérêts populaires.
Parmi les signes de cette dérive, Jean Baptiste Ketchateng cite la gestion controversée des obsèques d’Anicet Ekane, figure du parti. Le lancement officiel des cérémonies, prévu le 20 mars, n’a pas eu lieu, et aucune communication claire n’a été faite quant au calendrier ou au lieu d’inhumation. Une situation qu’il interprète comme révélatrice d’une “confusion organisée” au sommet du parti depuis plusieurs mois.
“Procéder autrement serait manquer à mon devoir de témoin”, écrit-il, estimant que le MANIDEM constitue un “bien public vital” pour les luttes sociales et politiques au Cameroun. Il affirme avoir, sans succès, tenté d’alerter l’opinion et de corriger la trajectoire du parti avant de prendre la décision de se retirer.
Dans sa déclaration, Ketchateng met en garde contre ce qu’il qualifie de “perversion politique”, accusant certains acteurs internes d’être à l’origine de cette situation. Il appelle implicitement à une mobilisation pour empêcher ce qu’il décrit comme une tentative de récupération du parti par le pouvoir en place.
Cette démission intervient dans un contexte politique marqué par des recompositions et des tensions au sein de l’opposition camerounaise. Elle pose également la question de l’avenir du MANIDEM, longtemps considéré comme un acteur clé des luttes pour la souveraineté et la justice sociale.
En conclusion, Jean Baptiste Ketchateng exprime l’espoir que le parti saura “trouver en lui-même ou en dehors les ressources nécessaires” pour faire échec à cette dynamique. À défaut, prévient-il, le Cameroun pourrait perdre “l’un de ses rares phares” dans la quête d’alternatives politiques face aux défis hérités du passé colonial.




