La crise anglophone, déclenchée en 2016 et transformée en conflit armé depuis 2017, continue de hanter les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Pourtant, elle ne fait plus la Une des médias ni des débats publics. On en parle moins, mais elle existe toujours, avec ses violences quotidiennes et ses coûts humains et matériels immenses.
UNE RENTRÉE PERTURBÉE PAR LE CONFINEMENT SÉPARATISTE
Le lundi 7 septembre, jour de la rentrée officielle sur l’ensemble du territoire, les groupes séparatistes ont imposé un confinement dans les deux régions anglophones. À Bamenda, chef-lieu du Nord-Ouest, la ville s’est figée : tirs sporadiques, rues désertes, écoles fermées, commerces à l’arrêt. Les forces de sécurité ont multiplié les patrouilles, mais la peur a paralysé la population.
Dans le département du Donga-Mantung, quelques établissements ont rouvert, avec un taux de présence de 47,23 % selon Cameroon Tribune. Le gouverneur Adolphe Lele Lafrique avait pourtant assuré que des mesures de sécurité étaient en place pour protéger élèves et enseignants.
UNE GUERRE BANALISÉE MAIS BIEN RÉELLE
Au-delà des chiffres, la réalité est brutale. En parcourant l’axe Kumba – Mamfe – Ikom, on se rend à l’évidence : des localités entières sont abandonnées, des édifices publics et religieux engloutis par la forêt, des postes militaires isolés dans des villages fantômes. Les escortes armées sont devenues la norme, les destructions massives et les morts quotidiens une tragédie silencieuse.
Cette guerre, éloignée de Yaoundé et Douala, semble banalisée par certains, comme si elle n’existait plus. Pourtant, elle continue de déchirer des vies et de détruire des communautés. Elle ne peut être réduite à de simples discours officiels ou à des promesses prononcées entre deux coupes de champagne. Elle exige une attention soutenue et une recherche sincère de solutions définitives.
L’ECOLE, MIROIR DES FRACTURES
Les appels aux « villes mortes », les menaces contre les établissements scolaires et les restrictions de mouvement ont réduit le temps d’apprentissage année après année. Certaines écoles privées et communautaires ont tenté d’anticiper en reprenant les cours dès août, en organisant des rattrapages le week-end ou en recourant à l’enseignement à distance. Mais ces efforts restent fragiles face à la violence persistante.
VERS UNE SORTIE DE CRISE ?
La rentrée intervient dans un contexte de recherche de solutions politiques. Des responsables religieux et traditionnels ont rencontré le Premier ministre Joseph Dion Ngute pour proposer des pistes de réconciliation, de justice et de cohésion sociale. Mais pour les familles, l’urgence est claire : maintenir les écoles ouvertes sans exposer les enfants et leurs enseignants à de nouveaux risques.
Les prochains jours diront si la reprise partielle observée dans certaines zones peut s’étendre. Mais une vérité demeure : la guerre en zone anglophone est toujours là, et elle appelle plus que jamais à une sortie définitive.
GMM
