Réunis le 12 octobre 2026 à Yaoundé, des entrepreneurs, des agronomes et des journalistes ont découvert trois modèles d’affaires fondés sur l’agroécologie, avec pour ambition de préserver les sols, de réduire la dépendance aux intrants importés et de développer de nouvelles opportunités économiques.
Le Centre polyvalent de formation (CPF) de Mbouo-Bandjoun entend faire de l’agriculture biologique un levier de développement économique au Cameroun. À l’occasion d’un atelier organisé le 12 octobre 2026 au siège du Conseil économique et social (CES), dans l’arrondissement de Yaoundé Ier, la structure a présenté trois modèles d’affaires destinés à encourager les investissements dans l’agroécologie.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par les préoccupations liées à la dégradation des sols, aux effets de l’utilisation des engrais chimiques et au coût des importations d’intrants agricoles. Pour les promoteurs du projet, la transition vers des pratiques agricoles plus durables représente à la fois un enjeu environnemental et une possibilité de diversification des activités économiques.
Secrétaire général du CES et hôte de la rencontre, Zacharie Ngoumbé a rappelé le poids de l’agriculture dans l’économie nationale et les défis auxquels le secteur est confronté.
« L’agriculture représente l’activité de 70 % de nos compatriotes. Cela dit, nous voyons avec inquiétude les effets de l’utilisation des engrais chimiques, avec notamment la dégradation des sols. L’agriculture écologique constitue aujourd’hui un besoin aussi bien environnemental qu’économique », a-t-il souligné.
S’adressant aux opérateurs économiques présents, il a également insisté sur le potentiel commercial de cette approche : « Chers opérateurs, l’agroécologie n’est plus une vue de l’esprit, c’est une vraie opportunité d’affaires et une activité rentable. »
Au-delà de la préservation des terres cultivables, la démarche vise ainsi à faire émerger des solutions locales susceptibles de limiter la dépendance du pays aux produits agricoles et aux intrants importés.
Trois modèles d’affaires pour valoriser les ressources locales
Présidente du CPF, Diane Nangop épouse Pountcheu partage cette conviction. Selon elle, les limites de l’agriculture conventionnelle, notamment la dégradation des sols et les difficultés croissantes à répondre à la demande alimentaire, imposent de repenser les pratiques de production.
« Je pense que nous tous voyons aujourd’hui les limites de l’agriculture conventionnelle, avec l’aridité des sols qui entraîne une production de plus en plus inférieure à la demande sociale. Avec l’agroécologie, nous avons un moyen de régénérer nos sols et obtenir une production capable de satisfaire la demande sociale », a-t-elle déclaré.
Pour traduire cette ambition en activités concrètes, le CPF a présenté trois modèles économiques susceptibles d’intéresser les entrepreneurs et les investisseurs.
Le premier porte sur la production de biofertilisants et de compost naturel. Élaborés notamment à partir de fientes de volaille et de cendres, ces fertilisants organiques peuvent contribuer à améliorer la fertilité des sols et à soutenir la croissance des cultures. Leur production locale pourrait également offrir des débouchés économiques à la valorisation des matières organiques disponibles.
Le deuxième modèle concerne la production de tomates naturelles sous serre. Ce choix s’appuie sur la place de la tomate dans les habitudes alimentaires des ménages camerounais. La culture sous serre est notamment envisagée pour mieux maîtriser les conditions de production et limiter l’exposition des récoltes aux aléas climatiques.
Enfin, le troisième modèle mise sur la transformation de produits locaux, notamment la patate douce, en farine. L’objectif est de développer des solutions de substitution partielle à la farine de blé importée, tout en créant de la valeur ajoutée autour des productions agricoles nationales. Les perturbations du marché international du blé, accentuées par la guerre russo-ukrainienne, ont en effet mis en évidence les risques liés à la dépendance extérieure.
À travers ces trois pistes, le CPF entend démontrer que l’agroécologie ne se limite pas aux pratiques culturales : elle peut aussi favoriser la création d’entreprises, la transformation agroalimentaire et l’émergence de nouvelles chaînes de valeur.
Une dynamique portée par des partenaires
Pour accompagner cette ambition, le CPF bénéficie de l’appui de plusieurs organisations, parmi lesquelles la coopération allemande GIZ, le Groupement d’appui au développement durable (GADD) et le Service d’appui aux initiatives locales de développement (SAILD).
Ces acteurs s’inscrivent dans le cadre du Pôle de connaissances pour l’agriculture biologique et l’agroécologie en Afrique centrale (PCAC), une initiative qui entend promouvoir et diffuser les pratiques agroécologiques au Cameroun et, plus largement, dans la sous-région.
La présentation organisée à Yaoundé constitue ainsi une étape dans une démarche visant à rapprocher les connaissances techniques, les ressources locales et les opportunités d’investissement. L’enjeu consiste désormais à convaincre les opérateurs économiques de s’engager dans ces modèles et à favoriser leur mise en œuvre sur le terrain.
Dans cette perspective, un nouvel atelier de présentation est annoncé pour le 12 novembre 2026 à Douala. Cette prochaine rencontre devrait permettre de poursuivre la sensibilisation des acteurs économiques et d’élargir le cercle des promoteurs de l’agriculture biologique.
À travers cette initiative, le CPF défend une approche qui associe durabilité environnementale, souveraineté alimentaire et rentabilité économique. Reste à transformer ces propositions en projets viables, capables de répondre aux besoins des producteurs et des consommateurs tout en contribuant à la résilience de l’agriculture camerounaise.
Y. Nkodo
