Alors que la guerre en Iran continue de bouleverser les équilibres énergétiques mondiaux, de nombreux pays subissent une flambée immédiate des prix à la pompe. Au Cameroun, la situation apparaît plus maîtrisée. Dans un entretien accordé à un média, Cedric Ketchanga met en lumière les ressorts d’un système national capable d’absorber, au moins temporairement, les secousses du marché international.
Au cœur de cette résilience : la structuration même de l’approvisionnement en produits pétroliers. Avec une consommation mensuelle dépassant les 400 000 tonnes, le Cameroun ne dispose pas d’un volume suffisant pour peser directement sur le marché mondial. Le pays est donc contraint de s’appuyer sur une chaîne d’intermédiaires des marketeurs qui s’approvisionnent auprès de traders, eux-mêmes en relation avec les raffineries internationales.
« Nous sommes obligés de faire recours à plusieurs marketeurs qui achètent chez des traders, lesquels s’approvisionnent dans des raffineries », explique-t-il. Une dépendance structurelle qui expose logiquement le pays aux fluctuations des cours mondiaux, particulièrement en période de tensions géopolitiques.
La guerre en Iran a en effet profondément perturbé les circuits d’approvisionnement et contraint les raffineries à revoir leurs politiques tarifaires. Cette reconfiguration se répercute directement sur les prix internationaux des produits pétroliers. Dans certains pays, comme la France, les consommateurs ont déjà ressenti ces hausses à la pompe.
Mais au Cameroun, le décalage est notable. « Les prix ont déjà changé ailleurs, mais pas encore chez nous », souligne Cedric Ketchanga. Cette relative stabilité s’explique par un dispositif étatique bien rodé, fondé sur des mécanismes d’anticipation et de régulation.
En première ligne : la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH), qui joue un rôle central dans l’amortissement des chocs externes. Grâce à un système de subventions, l’État camerounais prend en charge une partie des surcoûts liés à l’importation des produits pétroliers, évitant ainsi une répercussion immédiate sur les consommateurs.
« La chance que nous avons au Cameroun, c’est la présence de l’État, qui à travers la CSPH endosse une lourde responsabilité malgré le contexte international », insiste l’expert.
Ce mécanisme, bien que coûteux pour les finances publiques, permet de préserver le pouvoir d’achat des ménages et de maintenir une certaine stabilité sociale dans un contexte global incertain. Il témoigne également d’une capacité d’anticipation des autorités, qui ont su mettre en place des outils de régulation adaptés à la volatilité du marché pétrolier.
Toutefois, cette résilience reste sous pression. À mesure que la crise géopolitique perdure, le maintien des subventions pourrait représenter un défi budgétaire croissant. Une équation délicate pour les pouvoirs publics, appelés à concilier stabilité économique et soutenabilité financière.
En attendant, le Cameroun apparaît comme un cas singulier dans un paysage international marqué par des hausses brutales des prix de l’énergie, illustrant l’importance des politiques publiques dans la gestion des crises exogènes.




