La visite de Pape Léon XIV en terre camerounaise suscite une immense ferveur, mais surtout de profondes attentes. Au cœur des aspirations des fidèles catholiques et d’une grande partie de la population : le retour à la paix dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en proie à une crise sécuritaire persistante depuis près d’une décennie.
Dès le mercredi 15 avril 2026, à son arrivée, les chrétiens entonneront le traditionnel « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! », saluant la première visite du souverain pontife dans le pays. L’itinéraire du chef de l’Église catholique prévoit une étape majeure à Bamenda, épicentre de la crise anglophone. Il y présidera une rencontre à la cathédrale Saint-Joseph avant de célébrer une messe en plein air à l’aéroport international de la ville.
Depuis 2016, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, communément appelées NOSO, vivent au rythme des violences. Ce qui était au départ des revendications corporatistes d’enseignants et d’avocats s’est progressivement transformé en conflit armé, marqué par des exactions graves : enlèvements, massacres de civils, attaques contre les forces de défense, destruction d’infrastructures publiques.
Face à cette situation, le président Paul Biya a privilégié une approche axée sur le dialogue et la recherche de solutions pacifiques. Le 4 janvier 2019, il nomme Joseph Dion Ngute, originaire du Sud-Ouest, au poste de Premier ministre avec pour mission principale de restaurer la paix.
Dialogue et reconstruction : des avancées concrètes
Sur le terrain, Joseph Dion Ngute multiplie les consultations avec les populations locales, les chefs traditionnels et les acteurs de la société civile, appelant les groupes armés à déposer les armes. Cette dynamique aboutit à la tenue du Grand Dialogue National, du 30 septembre au 4 octobre 2019.
Parmi les principales résolutions figurent l’octroi d’un statut spécial aux deux régions anglophones, la mise en place d’assemblées régionales bicamérales, le renforcement de la décentralisation, ainsi que des programmes de désarmement et de réinsertion des ex-combattants. Ces mesures constituent le socle du Plan Présidentiel de Reconstruction et de Développement des régions du NO/SO.
Réajusté en 2024, ce programme affiche des résultats tangibles : accès à l’eau potable pour plus de 170 000 personnes, soutien à des milliers d’agriculteurs et pêcheurs, reconstruction de palais de justice et réhabilitation d’infrastructures pénitentiaires dans plusieurs localités.
Malgré ces avancées, la situation sécuritaire reste préoccupante. Des attaques sporadiques continuent d’être enregistrées, alimentant un climat d’insécurité et provoquant le déplacement massif des populations vers les grandes villes.
Dans ce contexte, la venue du Pape apparaît comme un moment charnière. Perçu comme un messager de paix, il entend soutenir les efforts des autorités tout en appelant à une réconciliation profonde entre les différentes composantes de la nation.
L’archevêque de Bamenda, Andrew Nkea, également président de la Conférence épiscopale nationale, a résumé l’esprit de cette visite par une formule forte : « Qu’ils soient tous un ». Un message d’unité, au-delà des clivages ethniques, politiques et religieux.
Alors que les initiatives gouvernementales peinent encore à faire taire définitivement les armes, de nombreux Camerounais tournent désormais leur regard vers le Vatican. La visite du Saint-Père pourrait insuffler une nouvelle dynamique, à la fois spirituelle et symbolique, dans la quête d’une paix durable.
Dans un pays meurtri mais résilient, l’appel du Pape à la fraternité et à la réconciliation pourrait bien marquer un tournant décisif.
Visite papale au Cameroun : l’espoir d’un souffle de paix dans le NOSO




